Les Chamois du Lac

Club de trail running de la rive ouest du Lac d’Annecy

Les zones d’entraînement : allure, fréquence cardiaque et ressenti

Niveau : Approfondir

Ta montre affiche « zone 4 », ton plan annonce « 85 % de VMA » et ton voisin de footing, quelque part au bord du lac, jure qu’il parle encore très bien. Trois langages pour une seule question : à quelle intensité cours-tu ?

Cinq zones, une convention

Le calculateur du club découpe l’intensité en cinq zones :

ZoneNomPlageTest de la parole
Z1Récupération55 à 65 % de VMArespiration calme, conversation sans effort
Z2Endurance fondamentale65 à 75 % de VMAconversation en phrases complètes
Z3Endurance active75 à 85 % de VMAphrases courtes ; allures de semi-marathon et de marathon selon le niveau
Z4Seuil85 à 95 % de VMAquelques mots ; le seuil se situe dans cette zone, à une place qui varie d’un coureur à l’autre
Z5VMA95 à 105 % de VMAimpossible de parler

Ce découpage est une convention d’entraînement, pas une mesure. Les zones de ta montre, souvent calculées sur la fréquence cardiaque, ne recouvrent pas forcément celles-ci.

Premier repère : l’allure

Sur le plat, l’allure est le repère le plus précis. Avec une VMA de 18,5 km/h, la Z2 va de 4 min 59 s à 4 min 19 s/km et la Z4 de 3 min 49 s à 3 min 25 s/km.

Mais elle dépend d’une VMA récente et fiable, et ignore vent, chaleur et fatigue. En côte, en descente ou sur sentier technique, elle ne veut plus rien dire. Et sous les arbres des coteaux, le GPS s’en mêle.

Deuxième repère : la fréquence cardiaque

Les formules de FC max sont des moyennes

Les formules du type 220 − âge ou 208 − 0,7 × âge décrivent une population, pas une personne. Chez plus de 3 300 sportifs testés en laboratoire, toutes se trompaient en moyenne de 7 à 8 bpm, et certains coureurs bien davantage.1 À 45 ans, « 220 − âge » annonce 175 bpm ; si ta vraie valeur est autre, toutes tes zones se décalent en bloc.

Mieux vaut la valeur la plus haute relevée avec une ceinture, en fin de test encadré ou de course courte. Si tu reprends après un arrêt, présentes des symptômes ou suis un traitement, demande l’avis de ton médecin avant tout effort maximal.

La FC de réserve

C’est l’écart entre ta FC max et ta FC de repos, prise au réveil. La cible vaut FC de repos + pourcentage × réserve : avec 50 et 185 bpm, 70 % de la réserve donnent environ 145 bpm. Un pourcentage de réserve cardiaque correspond au même pourcentage de réserve d’oxygène, pas au même pourcentage de VO2max.2 Les pourcentages ne passent donc pas d’une échelle à l’autre, et le calcul ne corrige pas une FC max fausse.

Le plus fiable reste d’étalonner tes repères : note ta FC après vingt minutes d’un footing plat en Z2, par temps doux, puis pendant un bloc en Z3 ou en Z4.

Ce qui fait bouger le cœur sans que l’allure change

  • Le délai : sur une fraction de trente secondes, la FC n’a pas fini de monter que tu récupères.
  • La dérive et la chaleur : à allure constante, la FC grimpe au fil des minutes. Dans une étude à 35 °C, neuf cyclistes sont passés de 151 à 169 bpm entre la 15e et la 45e minute, et leur intensité relative a réellement augmenté.3 Par temps chaud, garder la même allure revient à courir plus dur.
  • La pente : en montée, la FC fait un bon plafond. En descente, depuis le Taillefer par exemple, elle baisse alors que les cuisses freinent fort.
  • La fatigue : une mauvaise nuit, une période chargée ou un début de rhume peuvent rendre la FC inhabituellement haute ou basse. Si chiffre et sensations se contredisent, allège.
  • Le capteur : face à l’électrocardiogramme, la ceinture pectorale était quasi parfaite, alors que la précision des montres optiques variait selon l’activité.4

Des palpitations, un rythme irrégulier, un malaise ou une douleur dans la poitrine imposent d’arrêter l’effort et de demander un avis médical, sans attendre de voir si cela passe.

Troisième repère : le ressenti

Le test de la parole

Récite toujours la même phrase, le début d’une chanson par exemple. Chez dix-huit cyclistes très entraînés, le moment où parler devenait inconfortable coïncidait en moyenne avec le premier seuil ventilatoire, et l’impossibilité de parler avec le second.5

L’échelle d’effort

Note l’effort de 0 à 10. Par exemple : 1 à 2 en Z1, 2 à 3 en Z2, 4 à 5 en Z3, 6 à 7 en Z4 et 8 ou plus en Z5. Ce n’est pas une mesure. Le ressenti intègre d’un coup chaleur, pente, fatigue et sac, mais un groupe qui accélère ou un dossard le faussent volontiers.

Lequel choisir, et quand ?

SituationRepère principalEn complément
Répétitions ou bloc au seuil sur le platAllureFC pour surveiller la dérive
Footing facile ou sortie longueTest de la paroleFC comme plafond
Montée en trailFC ou ressentiMarche si besoin
DescenteRessenti musculaire et techniqueFC peu informative
Trail long ou ultraRessentiFC comme garde-fou au départ

Sur route, l’allure prescrit et le cœur surveille. En trail, le ressenti pilote et le cœur boucle la ceinture. Quand les trois indicateurs se contredisent, suis le plus prudent.

Le calculateur d’allures, onglet « Zones », donne les allures de chaque zone : vérifie ensuite sur le terrain que souffle et cœur racontent la même histoire.

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Un mot t’échappe ? Le lexique de la course à pied et du trail les explique.

Sources et repères

Notes

  1. Lach et al. — HR Max Prediction Based on Age, Body Composition, Fitness Level, Testing Modality and Sex in Physically Active Population, 2021 — 3 374 adultes sportifs testés en Pologne. ↩

  2. Swain et Leutholtz — Heart rate reserve is equivalent to %VO2 reserve, not to %VO2max, 1997 — 63 adultes sur ergocycle, pas en course à pied. ↩

  3. Wingo et al. — Cardiovascular drift is related to reduced maximal oxygen uptake during heat stress, 2005 — neuf cyclistes masculins, 45 minutes à 35 °C. ↩

  4. Gillinov et al. — Variable Accuracy of Wearable Heart Rate Monitors during Aerobic Exercise, 2017 — 50 adultes, appareils de 2017 ; les modèles récents peuvent faire mieux. ↩

  5. Rodríguez-Marroyo et al. — Relationship between the talk test and ventilatory thresholds in well-trained cyclists, 2013 — dix-huit cyclistes en laboratoire ; transposition prudente à la course. ↩